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 Lettre du prince devenu roi sans reine

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Sardes
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MessageSujet: Lettre du prince devenu roi sans reine   Jeu 3 Sep - 23:52

Il abdique et le pouvoir me tombe, comme ça, en travers du visage, déforme les lèvres, cicatrice courbée inverse au sourire. Le palais brille. Moulures d'or incrusté de pierres, tapisseries orientales, verres de cristal, fourchettes d'argent. Les domestiques s'affairent. Comblent mes désirs les plus primaires sans que j'aie besoin de les formuler. Chaque jour, un orchestre me réveille et m'endort chaque soir. On me fait la lecture. On me nourrit. On épanche mes soifs. On nettoie chaque recoin de chaque pièce. On travaille pour moi. On gagne de l'argent pour moi. On me lave le cul. Le monde, autour, n'interrompt jamais ses mouvements. Tout fonctionne, tu sais. On est loin du vieux château de Moussorgski. La cabane tourne parfaitement.

Le problème est ailleurs. Ça vient d'en-dedans. Ce ne sont pas les responsabilités. Je gère. M'occuper de ceux-là, du domaine, de l'expansion, de l'enrichissement… Je sais faire. Élevé à bonne école. Le meilleur des précepteurs : la curiosité. La honte, je fais avec. Roi sans reine. La reine a foutu le camp avant d'avoir pu le devenir. Mais ces remords qui remplissent, ces regrets qui creusent, non. Je ne sais pas. Tout s'active autour de moi et, pourtant, la faible lueur qui guide les mouvements extérieurs délaisse les autres. L'arrière-boutique est plombante, même si parée d'une vitrine luxuriante.

Un roi sans reine n'est pas vraiment roi, paraît-il. Que m'importent les reines ! Les femmes ! Les opportunistes ! Les tentatrices ! Les jolies, les mignonnes, les curieuses, les intelligentes ! Je m'en passe volontiers. Mais toi, toi qui t'es barrée, toi qui as eu raison de le faire, ça m'importe, cette absence, ce manque, ces longs mois assis sur un trône valant dix mille fois mon corps, entouré de gardes, entouré de gens, d'instincts, de sollicitations. Être entouré de tes bras me manque, je crois. Les effets du vin qu'on me sert de force pour égayer la mine s'estompent depuis des mois. Je souris, je souris comme on se tord de douleur, je souris parce que mon royaume en a besoin, parce que j'en ai envie, parfois, parce que sourire, c'était beau, avec toi, même si c'était rare.

J'emmerde le complexe du lyrisme et de la niaiserie. Vraiment : je les emmerde, ces complexes, ces phrases sorties de partout ailleurs, ces émotions éculées, ces sentiments violés à tort et à travers.

Je connais tout de ton corps. Je connais sa démarche quand il est pressé ou contemplatif. Je connais sa cambrure. Je connais ses mouvements, son immobilisme, ses postures alambiquées, la planche qu'il forme allongée. Je connais tes yeux qui s'ouvrent ou se ferment. Les clignements brefs que tu fais un million de fois par jour sans jamais trop y penser. Moi, j'y pensais. Je connais les traits de ton front selon l'humeur, les petites rides qui encadrent ta bouche, la courbe de tes arcades, les plissures de ton nez, tes narines qui se retroussent à mon odeur, ou à une autre. Je connais ton sourire et son inverse, la barre parfaitement horizontale que forment tes lèvres, sceptique ou ailleurs. Je connais le « ç » de tes oreilles, les cheveux qu'elles structurent. Je connais tes cheveux qui s'ondulent avant le coup de brosse et leur raideur volontaire. Je les connais attachés austères, attachés nonchalants, en chignon, en queue, je les connais droits et longs jusqu'au milieu du dos. Je connais ton dos et la moindre de ses vertèbres, je connais ton cou, ses odeurs avec ou sans parfum, sa douceur, sa chaleur, sa froideur, je connais tes épaules et les lignes que dessinent tes omoplates et les cheveux qui coulent là-bas. Je connais tes aisselles, je connais tes bras maigres dont je faisais le tour avec mes doigts. Je connais tes seins fermes, qu'ils pointent ou reposent, je connais ceux qui les soutiennent, je connais leur forme et pourrais la dessiner encore avec mes deux mains, dans le vide que remplissent mes souvenirs. Je connais ton nombril extraverti, ton ventre qui s'avance alors que ton dos recule, je connais tes reins, je connais tes hanches auxquelles je m'agrippe encore en songes. Je connais tes fesses, je connais tes cuisses, je connais ton antre celles qui le cachent. Je connais tes jambes, tes pieds, tes chaussures, la robe qui tombe, le pantalon qui serre… Je connais ta voix ton odeur ta voix le goût de ta peau propre ou fatiguée. Je connais bien des choses, tu vois, et je les reconnais à ton souvenir, je les reconnais derrière la distance, derrière l'absence, derrière les éclats et les sanglot, derrière la nostalgie, la mélancolie. Je connais et ce que je connais me manque. Ce que je connais, je ne le connais nulle part ailleurs.

Alors, tous s'affairent, œuvrent à me satisfaire, me déplacent de pas en pas pour me donner l'impression véridique que j'avance et progresse. C'est chose certaine. Mais il y a, tu sais, au fond de moi, ces souvenirs qui creusent et ce désir plus jamais assouvi depuis qui confinent à la maigreur, à l'opulence, à l'excès comme à la restriction.

Prince devenu roi sans reine, roi debout, qui marche, opère ; et le trône vide à côté, lui, avancera toujours avec moi. Tandis que toi, princesse avortée, reine fantasmée, recules de jour en jour dans la longue queue de mes souvenirs, et je te traîne, laborieusement, parce que même vide, ce trône, il porte encore ton odeur, ta voix y résonne toujours et ton corps y a laissé son empreinte.

Ne crois pas alors que mon sourire d'empereur, ma cabane de roi et mon enthousiasme de prince aient pu racheter une quelconque partie de la chape qui m’étreint depuis ton départ.

Je te garde, dans un royaume vide, pouilleux, chaotique, triste et austère, dans lequel j'évolue tandis que d'autres voient les dorures et affaires.


« Mon bel amour mon cher amour ma déchirure
Je te porte dans moi comme un oiseau blessé
Et ceux-là sans savoir nous regardent passer »
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